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Bruxelles : Forum sur le début et la fin de vie

Date de mise en ligne : 12 décembre 2008


 ROME, Mardi 2 décembre 2008 (ZENIT.org) - « Début de vie, fin de vie : quels dilemmes ? ». C’est sur cette question que s’est penchée l’association Médecine et Dignité de l’Homme le 29 novembre lors de son deuxième forum international de bioéthique, à Bruxelles. Dans cet entretien, le Dr. Timothy Devos, président de Médecine & Dignité de l’Homme explique l’enjeu d’une telle réflexion aujourd’hui et l’importance de fournir une formation adaptée au grand public, dans ce domaine.

Zenit - D’où vous est venue l’idée d’organiser ce forum ?

Dr. Th. Devos - De deux constats. Premier constat : nous sommes sans cesse surpris et souvent horrifiés par les « performances biomédicales » et les techniques desquelles elles procèdent. A titre d’exemple, le mois passé en quinze jours nous avons appris coup sur coup la conception d’un bébé médicament en Espagne et la conception d’un embryon hybride en Angleterre, ces deux « performances » épouvantables passent dans l’opinion de manière quasi-indifférente par ignorance. Deuxième constat : il faut bien l’admettre, la plupart du temps nous subissons l’événement et nous manquons de repères pour nous positionner par rapport à des problématiques qui sont très complexes. Nous sommes en quelque sorte dépassés. Ces deux constats ne pouvaient pas rester sans réponse ! Je dirais donc pour finir que l’organisation de ce forum était notre manière d’y répondre. Médecine & Dignité de l’Homme veut donner aux gens, et j’entends par là le grand public, la possibilité d’être informés de ce qui se passe dans le domaine de la bioéthique et de se former en cette matière.

Zenit - Pouvez-vous nous préciser quels thèmes ont été abordés ? Dr. Th. Devos - Bien sûr. Il nous a semblé intéressant de commencer ce forum en abordant la problématique des procréations médicalement assistées (pma), c’est-à-dire de début de vie, car l’actualité législative en Belgique s’y prête assez bien. Le recours aux mères porteuses fait l’objet de nombreuses discussions - on parle aussi de « location d’utérus » - car il pose des questions qui touchent la vie des personnes sous des angles très différents : médicaux et éthiques, mais aussi - et on en parle trop peu ! - psychologiques, en ce qui concerne la confusion des relations familiales qui s’en suivront, et même sociologiques, en ce qui concerne l’éclatement des cadres familiaux, etc. Nous avons eu parmi nous un médecin allemand pour aborder les aspects médicaux de la pma, le Dr. Roman Gnielienski, un éthicien, le père Gonzalo Miranda, doyen de la faculté de bioéthique de l’Ateneo Regina Apostolorum de Rome, pour tenter de jeter un éclairage éthique sur le vaste domaine des pma et un psychiatre français, le Dr. Benoît Bayle qui mène une recherche très intéressante sur l’impact psychologique des pma sur la femme.

Zenit - Vous avez également abordé les dilemmes de fin de vie... Dr. Th. Devos - Oui. La thématique de la fin de vie est aussi une actualité « bioéthique » belge. On discute aujourd’hui de l’extension de la loi actuelle sur l’euthanasie aux mineurs, aux personnes handicapées et aux personnes démentes. Comme vous le voyez, « Le meilleur des mondes » n’est pas loin, on se dirige doucement (ou très vite ?) vers le plein eugénisme. Les dilemmes de fin de vie ont été traités par le professeur Lefèbvre (cliniques universitaires Saint-Luc) et par Dr Thill (unité soins palliatifs du CH E. Mayrisch, GD Luxembourg), qui se sont penchés sur la question des soins palliatifs. L’euthanasie des personnes handicapées ou démentes a été abordée par le fr. René Stockman (International Institute Canon Triest), le supérieur général des Frères de la charité, congrégation belge active dans 27 pays dans le domaine des soins de santé mentale et des soins aux personnes handicapées. La dernière conférence a été donnée par un éthicien, le professeur Putallaz (Université de Fribourg) qui a dressé un tableau éthique de la question de l’aide médicalisée au suicide en rapport avec l’euthanasie.

Zenit - Sur le feuillet de présentation de ce forum, Médecine & Dignité de l’Homme se présente comme un apostolat du mouvement catholique Regnum Christi, qui suit une ligne de pensée personnaliste « par-delà les clivages politiques et religieux ». En bref, votre association a une orientation personnaliste d’inspiration catholique ?

Dr. Th. Devos - Oui, en résumé. Dans l’environnement des groupes de réflexion, des lobbys et des groupes de pression divers qui agissent dans le domaine de la bioéthique, nous pensons qu’il faut être clair sur la ligne suivie. En nous profilant comme un apostolat du mouvement catholique Regnum Christi, nous disons simplement notre origine. L’étincelle du début, en 2002, est venue de ce côté, et, à ce titre, nous gardons d’ailleurs un contact régulier avec un autre apostolat de ce mouvement, la faculté de bioéthique de l’Ateneo Regina Apostolorum à Rome, qui est un foyer important de la réflexion bioéthique dans le monde. Nous pensons que les positions adoptées par l’Eglise catholique en matière de bioéthique sont bonnes, prudentes et vont dans le sens du respect de la vie. Cela dit, cette origine ne nous empêche pas de suivre une ligne personnaliste, qui se situe au-delà des clivages religieux et politiques, à savoir que la personne humaine a une dignité absolue de sa conception à sa mort. Cette dignité de la personne humaine est défendue par de nombreuses organisations qui ne sont pas catholiques, ou qui ne sont même pas religieuses. Toute proportion gardée, on pourrait faire le même rapprochement avec les droits de l’homme. L’Eglise catholique défend les droits de l’homme, mais tous les défenseurs des droits de l’homme ne sont pas pour autant catholiques...

Médecine et Dignité de l’Homme est une association qui a pour objet d’informer et de former en matière de bioéthique. Elle regroupe des médecins, des chercheurs, des juristes ainsi que « des hommes et des femmes de bonne volonté » qui veulent aller plus loin dans la compréhension des nouvelles pratiques médicales et des questions éthiques qui s’y rattachent. Elle mène différentes actions : équipes de réflexion et d’échanges, organisation de conférences, de débats. Médecine et Dignité de l’Homme a déjà organisé un premier forum de bioéthique à Bruxelles qui a eu lieu en 2002 autour du statut de l’embryon humain.

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