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Sylviane Agacinski : « Les lois bioéthiques ne relèvent pas des sondages »

Date de mise en ligne : 19 novembre 2018


FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - La philosophe s’inquiète des dérives d’une médecine toute-puissante, qui se détache de la morale pour se rapprocher du marché. En plein débat ouvert par les États généraux de la bioéthique, elle réaffirme son opposition à la GPA et émet d’importantes réserves quant à l’extension de la PMA.

Après Corps en miettes (Flammarion) où elle s’insurgeait contre le principe des mères porteuses, nouvelles « esclaves » des temps modernes, la philosophe s’attaque à la délicate question du don d’organes dans Le Tiers-Corps (Le Seuil). S’appuyant sur une réflexion sur la logique du don inspirée des travaux de Marcel Mauss, elle s’inquiète des dérives d’une médecine toute-puissante, qui se détache de la morale pour se rapprocher du marché.

En plein débat ouvert par les États généraux de la bioéthique, elle s’alarme du relativisme moral prôné par le président du Comité consultatif national d’éthique (CCNE) Jean-François Delfraissy. Elle réaffirme son opposition ferme à la GPA et émet d’importantes réserves quant à l’extension de la PMA. Une pensée nuancée, profonde et salutaire sur les vertigineux enjeux du corps.

LE FIGARO. - Dans votre livre Le Tiers-Corps (Seuil), vous abordez la question délicate du don d’organe. Après Corps en miettes, pourquoi avoir éprouvé le besoin de vous pencher sur ce sujet ?

Sylviane AGACINSKI. - Parce qu’il y a un lien entre la médecine de procréation et la médecine de transplantation. Dans les deux cas, il y a un usage de techniques nouvelles : pour la procréation, c’est la fécondation in vitro (FIV) et le transfert d’embryon, et pour la transplantation d’organes, ce sont les techniques du prélèvement et de la greffe. Cependant, ni les cellules germinales (les gamètes) ni les organes transplantables ne se trouvent dans la nature, et le corps humain, en principe, n’est pas, ou pas encore, un gisement exploitable de « ressources biologiques ». Aussi faut-il recourir à des pratiques sociales spécifiques, c’est-à-dire obtenir le concours de tierces personnes qui acceptent de donner quelque chose de leur propre corps, de leur vivant ou après leur mort. C’est pourquoi, au lieu de parler seulement de « techniques médicales », comme on le fait trop souvent, j’ai voulu comparer les différentes relations sociales impliquées par la transplantation

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