Mise en œuvre des actions préventives : stratégie à 360°
Ajuster la mobilisation : fréquence et méthode
La mobilité reste le pivot central de la prévention. Les recommandations HAS et EPUAP (European Pressure Ulcer Advisory Panel) convergent sur un point : le changement de position régulier est indispensable pour éviter l’écrasement prolongé des zones à risque.
- Pour les résidents alités : changements de position toutes les 2 à 4 heures.
- Pour les personnes en fauteuil : soulèvements de pression toutes les heures, voire toutes les 30 minutes pour les sujets à risque majeur.
Ces gestes, loin d’être purement techniques, nécessitent une coordination avec la kinésithérapie, une anticipation des risques de chutes, et l’adaptation au projet de vie.
Un écueil fréquent : la « fiche de rotation » qui devient un rituel dépourvu de sens si l’équipe n’est pas mobilisée autour du pourquoi. Le recours aux transmissions ciblées et la valorisation des retours d’expériences de chaque membre du soin sont essentiels pour que la prévention ne devienne pas un acte routinier mais une stratégie partagée.
Soin cutané : du bon sens à la rigueur clinique
La qualité de la peau à l’entrée influence fortement le risque d’escarre. Les surfaces bony prominences (sacrum, talons, trochanters) exigent une attention quotidienne :
- Hygiène douce et sans excès d’humidité (pas de macération prolongée, usage de savons non irritants).
- Séchage minutieux, surtout dans les plis et espaces interdigités.
- Hydratation adaptée (émollients) si la peau est sèche : privilégier des produits non parfumés et peu allergisants (Référence : Recommandations SFPC 2020).
- Veille active aux signes précurseurs d’irritation, érythème non blanchissable, démangeaisons localisées.
Le simple fait de toucher, d’observer et de nommer une anomalie permet souvent d’agir précocement. La collaboration avec les familles aide parfois à repérer des modifications subtiles (p. ex. gène à l’enfilage, réaction au toucher, refus de mobilisation…).
Nutrion et hydratation : les grands oubliés
On sait aujourd’hui que la dénutrition multiplie par 2 le risque de développer une escarre (source : Haute Autorité de Santé, 2017). Une attention particulière doit être portée à :
- L’évaluation régulière du poids, de l’appétit, du bilan sanguin (albumine, protides, carences).
- La lutte active contre la perte musculaire, la sarcopénie, en collaboration avec les diététiciens et les kinésithérapeutes.
- Le maintien d’une hydratation suffisante – objectif : 1,5 L d’eau/jour au minimum, adaptée selon les comorbidités (insuffisance cardiaque, rénale, etc.).
Inclure ces réflexes dans le protocole permet de responsabiliser l’équipe entière. Repérer une perte d’appétit, signaler une bouche sèche, oser alerter sur la quantité d’eau bue par jour : ce sont des actes de prévention à part entière.